"Toutes les vérités sont faciles à comprendre une fois qu'elles sont découvertes; l'essentiel est de les découvrir." Galileo Galilei
Le traitement médiatique des évènements majeurs des deux dernières décennies a révélé selon certains la faillibilité des médias dit traditionnels dans leur représentation de l'actualité. Après les attaques du 11 septembre, la prééminence d'un discours manichéen faisant l'éloge de théories aussi controversées que celle du "clash des civilisations", la crispation d'un monde arabo-musulman en manque de démocratie derrière une lecture fondamentaliste et exclusiviste de l'Islam, ainsi que la concentration des médias dominants entre les mains de groupes d'intérêt toujours plus restreints, a réduit considérablement le champs de la liberté d'expression, laissant place à un discours uniforme. Parallèlement, l'accès croissant à Internet s'est accompagné d'une montée en puissance des blogs et des réseaux sociaux en ligne, en réponse à un besoin toujours grandissant en information, permettant de contourner les circuits traditionnels, donnant lieu à un nouveau média dit "citoyen", annonciateur d'un possible changement de paradigme dans la façon dont l'information est reçue et les opinions exprimées. Les blogs en particulier, ont permis à un nombre exponentiellement croissant d'internautes, de cultures et de géographies différentes de découvrir qu'ils n'étaient pas si différents que çà. Une dynamique d'entente interculturelle et transnationale est née.
Une histoire parmi d'autres pourrait illustrer cet état de fait.
Londres, été 2005. "Qu'a t-il fait pour mériter çà!" lança M. Raza aux rares journalistes présents à la sortie de l'hôpital ou son proche, Kamal Raza Butt, venait d'être déclaré mort. Cela se passe quelques jours après les attaques suicides ayant frappé le cœur de la capitale britannique. La victime, un pakistanais de 48 ans, venait d'arriver à Londres pour visiter sa famille et ses amis. Il était sorti acheter des cigarettes quand il fut poursuivit par une bande de jeunes, le harcelant, lui lançant des injures racistes, avant de l'attaquer et de le lyncher à mort. Ce jour là, la presse dite traditionnelle, quand elle ne se laissa pas tenter par le racisme alambiqué et le manichéisme simpliste façon tabloïds, s'était contenté de reprendre la dépêche qu'elle étoffa à l'occasion (sans doute pour y rajouter un semblant d'originalité) d'une interprétation sommaire sur le climat de revanche qui régnait dans le pays. Comme pour motiver un meurtre qui, en d'autres circonstances, lui aurait semblé criminel.
L'ambiance était, il est vrai, pesante. Un journaliste qui avait le courage (du moins l'envie) d'adopter un ton plus raisonné, se confrontait souvent à l'implacable machine de sa rédaction, qui de lecture en relecture finissait par ramener le brulot dans le droit chemin d'une orthodoxie mercantile et populiste. Dans ce contexte, Internet et les blogs en particulier offraient une alternative inespérée. Ce d'autant que sur les plateaux de télévision, sur les ondes de la radio ou sur les pages des journaux le ton était celui des stéréotypes, des accusations. Un débat polarisé qui laissait peu de place aux voix dites modérées, qui cherchaient désespérément des points d'accord. D'aucun diront que la calomnie, la haine et l'ignorance existe sur Internet, peut être même avec plus de virulence que sur les autres médias. Mais si les voix extrémistes étaient en effet largement représentées sur le réseau, elles ne l'étaient pas seules. Tous les points de vue alternatifs avaient désormais droit de citer. Dans les jours qui suivirent les attaques de Londres et le meurtre de M. Reza, un débat passionné naquit en ligne. Par blogs interposés et à travers les réseaux sociaux naissant, les citoyens du Net, échangeaient leurs points de vues et discutaient de sujets aussi sensibles que l'Islamophopie et le terrorisme. Du brouhaha chaotique initial, commençait à émerger un discours plus argumenté et des points d'accord se révélaient. Très vite des initiatives fleurissent : des meet-up (réunions hors ligne) sont organisées par des blogeurs à travers le pays; des blogueurs du monde entier se joignent aux innombrables agoras virtuelles ouvertes çà et là; une association de lutte contre les appels à la haine et contre l'Islamophobie est créée devant l'œil incrédule des politiques qui sont pris de court.
On se rendait compte à l'évidence que les vociférations appelant à la haine et à la confrontation, dans un bord comme dans l'autre, n'étaient manifestement pas majoritaires. Face à la cacophonie de l'ignorance, à la folie de l'extrémisme et à la bêtise du racisme, un discours de la raison et du rapprochement était désormais plus accessible et plus visible.
Internet, le blogging, le social networking, ont permis à des hommes, des femmes, des croyants, des non croyants, de toutes convictions politiques et de toutes cultures de parler de leurs vies, de leurs chagrins, de leurs joies... de leurs vérités. Tous savent désormais qu'ils ne sont pas aussi différents qu'on a voulu leurs faire croire.
